"Oh mais arrête de dire n'importe quoi, l'allaitement c'est tout ce qu'il y a de plus naturel, je ne vois pas pourquoi les gens te regardent de travers quand le petit tète, c'est ridicule!" 

Voici ma réponse lorsque ma fille se plaint des regards des gens parce qu'elle allaite encore son fils de neuf mois.

"Dans tout pays et de tout temps, les mères ont toujours allaité leur bébé!"

Ben que nenni, je viens de vérifier, je me trompé et j'en suis scotchée!

Tout se passait très bien, l'homme, enfin du coup, la femme avait bien son rôle de mammifère, jusqu'à ce que l'argent puisse acheter  tous les conforts, jusqu'à payer une nourrice. Dès lors, l'hécatombe des bébés aux fil des siècles commença dès 500-300 ans av JC par les Grecs et les Romains.

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                      Allaitement d’un enfant âgé de quelques années. Tombe 17 de Khéti à Béni Hassan.

Au Moyen Âge, seule la seigneurie confiait ses enfants aux nourrices, afin de mettre en route au plus vite le suivant! La mortalité infantile était très élevée, il fallait mettre les terres à l'abri avec des héritiers.

Aux XVème et XVIème siècles, l’Église impose de plus en plus sa morale, notamment au sein du couple et de la famille (cela lui permet d’intervenir dans la vie intime des couples) : les rapports sexuels, accusés de gâcher le lait, sont interdits.. La doctrine de Saint-Thomas énonce "l’infériorité des femmes". "L’enfant est le symbole de la force du mal, un être imparfait accablé sous le poids du péché originel". Certains, comme Ambroise PARE, pensent que "le lait provient de la cuisson du sang qui afflue aux seins après l’accouchement".

Le choix des femmes commence à se faire difficile : L’enfant ou le mari ? Que faire du plaisir ressenti en allaitant puisqu’il est coupable ? Le recours à une nourrice mercenaire se développe ; selon sa fortune, on la fait venir à domicile ou on lui envoie son enfant.

Au XVIIème siècle, nourrir est une charge pour les femmes qui veulent conserver leur beauté, l’enfant est ressenti comme une gêne pour le père auquel il prend sa femme, ( et c'est toujours d'actualité!) nourrir est un moyen de gagner de l’argent pour les femmes pauvres.

Au XVIIIème siècle, la médecine commence à s'intéresser réellement à l'allaitement maternel et à ses bienfaits. En 1780, le chef de la police parisienne (qui supervisait les « bureaux de nourrices ») établissait que sur les 21 000 bébés nés cette année-là à Paris, 1 000 seulement étaient allaités par leur mère. Les 20 000 autres étaient à la campagne, en nourrice, ou avec cette dernière auprès de ses parents (pour les plus riches). Le 28 juin 1793, la Convention de la loi décrète « l’allaitement obligatoire ».

Au XIXème siècle, les scientifiques commencent à faire parler les statistiques de mortalité infantile ; elle est de 71.5% mais seulement de 15% pour les enfants nourris au sein de leur propre mère. Les nourrices étaient peu regardantes pour les bébés et l'hygiène. Elles coupaient le lait avec de l'eau, voire de l'eau de chaux, mais tout pouvait y passer, sans parler de la propreté du biberon... Rouillés (pour ceux en métal) et infestés de très nombreuses colonies de microbes de la diarrhée infectieuse et du choléra infantile. Vive Pasteur qui fît faire des progrès pour la santé de tous ces bébés et la propreté. ENFIN, une prodigieuse avancée, on reconnaît, les bienfaits du colostrum, de l’allaitement précoce et de l’allaitement libre! 

Tout revenait au plus naturel possible, mais l'industrialisation arriva et avec, "les pots aux laits"! Publicité gratuite dès la maternité, biberons offerts aux jeunes mamans et surtout préconisations du lait industriel sur le lait maternel par les médecins, pédiatres et tout le corps de puériculture. La Libération de la femme avec un grand L! 

bledinebebedeux

Si bien qu'aujourd'hui encore, on peut lire d'un pédiopsychiatre réputé, qu'une maman doit expliquer à son enfant pour le sevrer, que les seins sont les jouets de papa... Si, si, promis... Et je vous passe le reste!